Ce n’est un secret pour personne, je ne suis pas un auteur très prolifique. Il suffit de voir ces quelques pages. J’écris quand j’ai le temps, l’inspiration et l’envie. Le peu de paramètres peut paraître anodin, cependant, pour que tous se trouvent une intersection commune au même moment, il peut parfois se passer longtemps: un jour, une semaine, un mois… un an. Le paramètre principal étant le temps.

Au fil des rails

Au fil des rails

Aujourd’hui, le problème du temps semble être résolu, du moins temporairement, autant que ma situation professionnelle actuelle. Cet élargissement du temps disponible a entraîné l’envie qui a ouvert la voie à l’inspiration. C’est beau quand tout s’enchaîne ainsi. Cela a été rendu possible par un trajet travail-domicile que j’effectue en train quasi quotidiennement matin et soir, fatigué par la voiture et les interminables embouteillages de la capitale belge.

Et on peut dire que du temps il y en a maintenant.

Une chose qu’il faut savoir: la compagnie ferroviaire belge n’est pas pressée. Quand les trains roulent, elle aime prendre son temps, accumuler le retard et bien sûr accuser des éléments extérieurs quand les causes sont annoncées. Bien sûr, c’est frustrant et énervant de l’emprunter tous les jours, surtout si l’on est tenu à une heure, mais cela peut devenir une bonne occasion pour prendre le temps d’observer le lent défilement d’un paysage où les murs de béton cèdent la place aux étendues vertes (ou l’inverse selon le sens dans lequel on se déplace), de croiser des regards bovins qui semblent dire: « Meuh alors, t’avances pas! » Mais surtout, cela me permet de dégager du temps pour écrire.

Écrire dans le train est une expérience assez étonnante. Pour tromper leur ennui, les voyageurs sont plutôt enclins à somnoler avec zèle, lire, regarder des séries sur tablettes, faire des mots croisés ou ne rien faire qu’observer les autres faire tout ça. Dans cette multitude, ceux qui écrivent sont denrée rare. Extrêmement rare. Pour tout dire, je n’ai pas souvenir d’avoir croisé d’autres spécimens. Toutefois, je ne pense pas être unique. Et c’est probablement pour cette raison qu’il s’agit d’une expérience singulière. Quand je sors mon stylo après être entré avec le flot des autres et trouvé une place avec tablette si possible, mon cahier ou mes feuilles imprimées, que je commence à noircir les pages, raturer, réécrire (parce que, oui, je fais aussi partie de ceux qui aiment mettre tout sur papier avant de copier au propre), lever les yeux vers quelque chose d’inexistant pour réfléchir au mot, à l’expression ou à la tournure de phrase qui fera mouche, je n’attire que des regards étonnés.

Je les vois ces coups d’œil curieux qui essaient de déchiffrer mon horrible écriture puis font semblant de rien. Je les vois et je dois dire que ça m’amuse. Cependant, j’attends toujours qu’un jour quelqu’un pousse la curiosité jusqu’à demander sur quoi je travaille, mais je rêve. En même temps, s’ils savaient que régulièrement je prends exemple sur eux pour décrire un personnage, un caractère, une situation… pas toujours honorant. Il s’agit tout de même d’un vivier riche, pas cher et très accessible.

Bref, j’écris à nouveau.

Sauf demain. Demain, je n’écris pas. Demain, c’est grève.