Gilles Capdivila

Auteur Science Fiction, Fantasy, Fantastique

L’Effondrement de Khumsati

Khumsati avait besoin d’un héros depuis longtemps. Seulement, le monde au bord de l’anéantissement total n’avait jamais pensé que Ganik pourrait être ce héros. Car en fait, le jeune n’a rien qui pourrait s’apparenter à un tel rôle, et surtout pas sa vivacité d’esprit.

Cependant, il n’a que faire de ces considérations et au jour de son passage à l’âge adulte, Ganik se lance dans une mission pour laquelle tous le donnent perdant, même les paris.

Néanmoins, il l’a décidé: lui, Ganik, il va sauver le monde.

Suivez son aventure fantastique et iconoclaste à travers le monde désertique de Khumsati.

 

La vie est un être entêté et imprévisible. Elle s’immisce et se répand partout où elle le désire, comme une maladie envahissante, même lorsque les considérations la disent impossible sous certaines conditions qu’elle s’empresse d’ignorer, de même que les lois trop restrictives imposées par la physique. Elle pousse les portes des endroits les plus insolites, pose ses valises avant d’avoir pris le temps de faire le tour du propriétaire et, sans signer d’état des lieux, commence son œuvre.

Elle s’adapte d’abord gentiment comme un invité discret, demande à ses enfants de rester polis avec leur environnement. Puis, quand elle se sent suffisamment à son aise, elle commence à s’imposer, laisse traîner ses affaires et chaussettes sales et, petit à petit, soumet ce qui l’entoure à ses propres règles.

Cependant, il existe des limites à la vie. Elle aussi est vouée à s’éteindre un jour. Quand les choses ne lui conviennent plus, quand elle estime avoir épuisé toutes les facettes de l’endroit où elle s’est installé – ou simplement lorsqu’elle s’ennuie – elle s’en va comme elle est arrivée, rend les clés d’un monde parfois dévasté, abandonnant un tas de détritus autrefois animé. C’est ainsi que va la vie, enfant incontrôlable de toutes choses.

Désertique, constitué uniquement de roches, pourvu d’une atmosphère irrespirable pour le commun des mortels, Khumsati n’était absolument pas paré pour une telle invitée. Pourtant, la vie avait trouvé un chemin auquel nul autre n’aurait pensé et s’y était accroché. Il lui avait suffi de très peu : une étincelle invisible à l’œil nu, en tout cas c’était ce que l’on disait, un élément oublié au cours de la distribution de ce monde, un mélange improbable, un hasard inexplicable en somme. Elle s’était développée comme partout ailleurs et avait rapidement évolué vers la conscience, profitant d’un moment d’inattention de la part du reste de l’univers qui lui aurait probablement interdit ces facéties si jamais il avait été plus vigilant. Le soleil fixe, épinglé dans le ciel, ne l’avait pas dérangée outre mesure. Fait rarissime dans l’histoire des mondes qui ont un jour accueilli la vie, dans celui-ci rien ne se tournait autour. Tout était désespérément immobile ou trop loin pour qu’on y voit quoi que ce soit. Parce que la création avait tout de même trouvé une astuce à l’éternel problème de l’alternance jours – nuits, le soleil, même épinglé dans le ciel, disparaissait et réapparaissait à intervalles réguliers. Personne ne savait pourquoi, mais il en était ainsi.

Malheureusement, Khumsati était déjà condamné quand elle avait décidé de s’installer, ce qui l’avait poussée à être aussi frénétique qu’insaisissable. Le monde se trouvait même au bord de l’anéantissement. Au fil des siècles, il s’était effondré sur lui-même, son Centre s’affaissait tandis que ses Limites se réduisaient inexorablement.

Depuis qu’ils en étaient capables, les hommes s’étaient succédé dans l’observation de la catastrophe, tentant d’y trouver une raison. L’unique certitude qu’ils avaient acquise était que la fin de tout était inéluctable et de plus en plus proche.

Les scientifiques avouaient leur incapacité à expliquer le phénomène. D’un autre côté, certains de ces esprits les plus brillants avaient aussi certifié que, selon les résultats de calculs complexes qu’ils ne pouvaient faire comprendre aux autres, leur monde était rond. Ils ne pouvaient pas être plus loin de la vérité. Cependant, l’ineptie prêtait encore à sourire et circulait telle une raillerie. Tous les peuples savaient que le monde était plat et que leur univers fini se déversait dans un immense trou.

Pakk’Oô le Prédicateur avait annoncé la fin imminente des siècles auparavant.

Presque tous les villages qui peuplaient autrefois Khumsati avaient disparu et aujourd’hui il n’en restait plus qu’un. Il portait en lui un espoir mince, insoupçonné.

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2 Comments

  1. marie la marseille de belgique

    7 septembre 2015 at 21 h 32 min

    Je crois qu’on dit « ce héros » plutôt
    😉

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