Gilles Capdivila

Auteur Science Fiction, Fantasy, Fantastique

L’Effondrement de Khumsati

Tout Sand’ci se précipita sous le refuge dans le désordre le plus total. Au désespoir, beaucoup se virent contraints de choisir entre leur survie et leur penchant pour la liqueur de Noir. Après des pourparlers internes trop longs pour la situation, certains abandonnèrent finalement leur verre. Par miracle, la bousculade qui en découla n’entraîna aucune perte dans les rangs, seulement des blessés légers. Et, au plus fort de la tempête, tous étaient déjà à l’abri, sains et saufs.

Le refuge était une immense tente. Plus solide que n’importe quelle autre construction du village malgré sa taille, celle-ci pouvait en accueillir tous les habitants. Ils s’en servaient dès que la nature capricieuse tentait de les déloger. Et cela se produisait de plus en plus fréquemment.

La toile battait au vent avec un bruit effroyable, la poussière pénétrait par le moindre interstice, la vieille structure vibrait dangereusement, donnant des sueurs froides aux occupants. Toutefois, malgré la violence des éléments, le refuge jouait son rôle et demeurait intact. Il survivait aux tempêtes et certains prétendaient qu’il survivrait même à l’Effondrement.

Ganik déambulait au sein de la multitude, hagard, les yeux rougis par la fatigue et la poussière. Il observait le chaos tout en cherchant ses parents, se disant que ce qui arrivait maintenant était une des raisons pour lesquelles il devait accomplir son destin. Et il en était fier. Dérivant sur les bords d’une réalité floue, l’esprit occupé par ses sempiternelles idées héroïques et aussi encore embrumé par ce tour de danse avec Mannie, il remarqua à peine les regards de pitié qu’on lançait sur son passage. Il errait dans son monde.

Le jeune homme trouva finalement ses parents au milieu d’un attroupement inquiet. Ils avaient pris place aux côtés de Célas. Quand ce dernier l’aperçut, il l’intima à joindre le groupe.

— Ganik, attaqua très vite le druide sur un ton grave, je ne te cacherai pas qu’il va être temps pour toi de nous quitter. Tu es un homme maintenant et tu as choisi ton destin. Ce destin-là, comme tu le sais, d’autres l’ont choisi avant toi et aucun n’en est jamais revenu…

Célas fut interrompu par les pleures d’une mère qui ne put se contenir plus longtemps. Mécontent – il avait horreur qu’on l’interrompe dans ses monologues, qu’il prévoyait toujours à l’avance –, il eut tout de même la capacité de comprendre la détresse de la femme. Aussi ne lui lança-t-il aucun regard exaspéré ni fit de remarque désobligeante. Il reprit simplement son monologue au début de la phrase inachevée.

— Ce destin-là, comme tu le sais, d’autres l’ont choisi avant toi et…

La deuxième interruption vint du côté de son père. Lui ne pleura pas. Il était un homme et un homme ne pleurait pas. Lui cria, comme n’importe qui crierait après qu’un distrait lui eût écrasé la main.

Célas rumina longtemps dans sa barbe. Son regard furibond le fusilla. Le père se réinstalla aussitôt, étouffant sa douleur pour laisser parler le druide.

— Ce destin-là, répéta-t-il avec plus d’énergie, comme tu le sais…

— Alors Ganik, on va sauver le monde ? jeta alors une puissante voix masculine.

— Qui a dit ça ?

Tandis qu’à sa droite les sanglots redoublèrent soudain, le regard du vieil homme fit le tour de l’assemblée. Ses narines se dilataient sous l’effet de la colère. Les témoins s’empressèrent de vendre le garçon qui avait tenté de se faufiler après s’être rendu compte de son terrible forfait.

— Joas ! Par le Sable, viens ici !

L’insouciance du jeune moqueur avait exaspéré Célas au point qu’il prononça quelque mystérieuse formule. Aucun n’aurait été capable de les répéter. Aucun ne sut jamais quel sort avait été jeté. Les observateurs raconteraient seulement avoir ensuite aperçu Joas qui repartait tête baissée.

— Ce destin-là, donc, reprit enfin le druide après une bonne inspiration, comme tu le sais, d’autres l’ont choisi avant toi et aucun n’a jamais réussi…

Ce qu’il dit par la suite se perdit à tout jamais dans le tumulte. Même son interlocuteur, pourtant très concentré, ne parvint pas à saisir les paroles. Le vent, à ce moment précis, souleva un pan de la toile et, pénétrant dans l’abri avec un puissant sifflement, noya tout son discours.

Imperturbable, le druide fit la sourde oreille et continua son monologue. Ganik ne put que voir bouger ses lèvres sans rien entendre de ce qu’il disait. Le vieux sage ne marqua une pause que lorsque l’on parvint enfin à obturer l’ouverture, rétablissant le calme. Il chercha alors le regard de celui qui avait fait le vœu de sauver le monde avec une expression qui ne tolérait aucune discussion.

Ganik opina pour marquer son accord, sans savoir exactement ce qu’il acceptait. Satisfait, Célas posa alors une main sur son épaule.

— Suis le soleil Ganik, reprit-il. Va aux Limites de Khumsati et laisse-toi guider par ton destin. Mais ne tarde pas. Le temps presse.

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2 Comments

  1. marie la marseille de belgique

    7 septembre 2015 at 21 h 32 min

    Je crois qu’on dit « ce héros » plutôt
    😉

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