Gilles Capdivila

Auteur Science Fiction, Fantasy, Fantastique

L’Effondrement de Khumsati

Même s’il fut rapidement capable de tourner, monter et descendre, Ganik manœuvrait le Planant avec une maladresse évidente. Du coup, il se contenter de ne surtout pas bouger. Il se laissait porter par le vent ascendant et profitait de la vue imprenable.

Ce qu’on lui avait dit de la beauté de Khumsati était vrai, mais personne avant lui n’avait pu la voir de cette façon. Il était un pionnier dans le domaine de l’exploration depuis les cieux.

Il tourna la tête à droite et son embarcation fit une brusque embardée. Juste ce qu’il fallait pour comprendre que le moment n’était pas à la contemplation, mais à la concentration.

Cela faisait peut-être des heures qu’il naviguait. La fatigue causait des faiblesses dans le maintien de sa concentration, ce qui menait à des embardées parfois effrayantes. La faim aussi posait problème. Son estomac le tenaillait, il l’entendait gargouiller et le sifflement du vent dans ses oreilles lui donnait mal à la tête. Cependant, il était impossible de s’arrêter pour faire une pause, car il n’était pas certain de pouvoir repartir après. Alors, il continua à suivre le soleil, parvenant à conserver une trajectoire quasi rectiligne malgré l’aveuglement.

Il persévérait, comme toujours, sans se poser de questions comme ce qu’il ferait une fois les Limites atteintes. Il n’en savait rien, mais continuait. Une chose à la fois. Il aviserait sur place.

Fatigué et assailli de crampes, il se repositionna avec lenteur et prudence et nota quelque chose qui lui avait échappé jusque-là. Peut-être l’avait-il vu, mais il n’y avait pas prêté attention. Il y avait comme une rupture dans la continuité. Devant lui, le monde s’arrêtait soudain d’exister. Il y avait Khumsati, ses contrées désertiques, ses énormes rochers instables, et puis plus rien, le vide. Ganik atteignait enfin les Limites. Ce qu’il en voyait le fascinait et lui mettait du baume au cœur. Il les fixa avec enthousiasme.

Malheureusement, il finit par le réaliser, elles se rapprochaient vite. Trop vite. À peine avait-il eu le temps d’admirer cette face inconnue de Khumsati, que son instinct l’enjoignait à s’en détourner. Et sans perdre plus de temps, car, s’il ne faisait pas virer sa voile à l’instant, il avait bien peur de gonfler les rangs de ceux qui n’étaient pas revenus.

Il fit donc peser tout son corps sur la droite dans un brusque réflexe de survie. L’engin réagit aussitôt, mais pas de la manière désirée : il piqua du nez plus qu’il ne tourna. Le Planant n’appréciait pas les manœuvres trop brutales. Toutefois, s’il ne parvenait pas à changer de direction, Ganik franchirait les Limites et serait perdu à jamais.

Comme les problèmes ne se présentaient jamais seuls, une autre pensée traversa son esprit : l’atterrissage. Il se souvenait parfaitement la manière dont il avait décollé et volé jusque-là, tout en maîtrisant plus ou moins le Planant. D’ailleurs, puisqu’il en était le seul utilisateur jamais recensé, on pouvait dire de lui qu’il en était désormais un expert. Mais il n’avait pas encore songé à l’atterrissage.

Il chassa la question. Avec discipline, il se força à ne penser qu’à une chose à la fois. Et tandis qu’il réfléchissait – à sa vitesse –, Limites et sol se rapprochèrent dangereusement.

De toute sa vie, Ganik n’avait que rarement trouvé le bon moment pour faire les choses. C’est certainement pour cela qu’il ferma les yeux en cet instant qui réclamait toute son attention, juste le temps de prendre trois longues inspirations.

Il devait conservait son calme et ne surtout pas paniquer.

Les bonnes résolutions du jeune homme portèrent leurs fruits. Les battements de son cœur revinrent à la normale. Ses pensées se firent de nouveau claires.

La panique ne résolvait rien, il le savait. Un véritable héros, se disait-il, se devait de maîtriser cela.

Une fois apaisé, il rouvrit les yeux. Il savait qu’il allait pouvoir agir avec plus de sagesse.

Les premières secondes, il fut ébloui par le soleil.

Ensuite, les bonnes résolutions qu’il venait de prendre s’effondrèrent face à la panique irraisonnée qui l’envahit en se voyant beaucoup trop proche pour tenter quoi que ce fût. Il lâcha la barre de contrôle et eut à peine le réflexe de se protéger le visage.

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2 Comments

  1. marie la marseille de belgique

    7 septembre 2015 at 21 h 32 min

    Je crois qu’on dit « ce héros » plutôt
    😉

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